« Il n’y a que les belles âmes qui puissent se montrer à découvert. »

Madeleine de Puisieux

Depuis que Marcel est arrivé en Australie, tu t’en doutes, il attire les convoitises ! Certains même essaient déjà de négocier un prix d’achat – mais toi, tu le sais, Marcel n’est pas à vendre, never ! Bien au delà du simple gain économique, il est ce qui à mon esprit n’a absolument aucune valeur matérielle, ce qui est bien plus précieux que l’argent, l’émotion, l’amour que je lui porte ! Je ne vais pas me paraphraser car maintenant tu connais notre histoire commune. Cependant et avant d’aller plus loin, je vais juste te répéter ce que je dis ici, à qui veut l’entendre à chaque fois que l’on me pose la question du cout de transport, ou encore de la folie de convoyer ce tas de ferraille avec moi. « Marcel is my place, my office, my best friend… HE is my everything ! All I need… »

Sais-tu quelle est la première interrogation des gens ici ? Pour tout te dire je ne l’avais pas imaginée ainsi, car pendant la préparation de mon voyage, j’ai pu repérer quelques H Van en Australie, notamment deux à Perth, mon camp de base ! – « What is this fucking shit bus mate ? » Suivi rapidement de la phrase suivante « Never seen one … what a beauty… Awesome ! »

Je ne te fais pas l’affront de traduire, tu auras évidemment compris ! Il est vrai que Citroen n’est pas une marque forte en Australie, très peu présente, je dirais même, en déclin depuis les années 90. Cependant, comme tu le sais, l’Australie est peuplée majoritairement de colons anglais, et eux, sont fans de Citroen !

Bref, le H van est inconnu ici ! Ce qui me vaut toutes les sympathies du monde !

Pas un chemin, pas une route, pas un stop sans que l’australien ne vienne m’interroger sur ce qu’est ce van. Certains me demandent même si c’est moi qui l’ai fabriqué !

C’est en allant vers Margaret River avec Les Coflocs que j’ai vraiment pris conscience de la méconnaissance du modèle ici. Alors que je m’arrête à une station essence dans le Bush, le propriétaire vient à ma rencontre et, est de mémoire, le premier à me dire qu’il na jamais vu çà de sa vie ! Et pourtant un pompiste, çà en voit défiler des bagnoles !

Bref, pourquoi te raconte-je tout çà ? Tu vas voir, la vie est absolument incroyable.

Alors que je projette de partir en road-trip « down south », j’échange avec Tom, mon, housemate, et demande conseils  – lui qui vit ici depuis presque 10 ans – sur les différents spots incontournables. Très vite nous échangeons sur les spots de surf, car à Perth en plein été, ce n’est pas la saison des vagues. Les noms fusent, Margaret River, Espérance… et très vite – aussi, – la question des requins est soulevée !

Ah les requins… vaste sujet en Australie. Vu depuis l’Europe tu imagines des attaques quotidiennes, des morts à la pelle… et je ne sais quoi d’autre encore… Dis toi bien que tout ce dont tu as entendu parler n’est que pure spéculation ou plutôt vue de l’esprit. S’il est vrai que par le passé il y a eu quelques incidents, et qu’il y en a toujours, il est aussi vrai de dire qu’aujourd’hui, tout cela n’est plus que légende. En 2019 seulement 3 décès suite à des attaques de requins. Oui, c’est trop… mais c’est un autre sujet. Et pour répondre à ton interrogation, oui, il y a des requins en Australie, sur toutes les côtes, en grand nombre… mais n’oublie jamais que c’est leur écosystème, leur lieu de vie, l’océan… pas le tiens ! Donc soit tu composes avec, soit tu ne retournes plus jamais à l’eau. Pour la petite histoire, Dave, qui a mis au point un système dissuasif contre les requins adapté aux surfboard m’a confié que sur les 10 dernières années, suite aux attaques répétées, l’industrie du surf s’est effondrée ici, et qu’environ 70% des surfeurs ne sont jamais retournés à l’eau.

Dave ? Un système dissuasif ? Et Tom là-dedans ? Minute petite scarabée ! C’est donc au fil de ma conversation avec Tom que Dave apparait ! Oui Tom me parle des « shark deterrent » et notamment de RPELA – celui que développe Dave … tu saisis ? Tu me diras que nous sommes tout de même bien loin de la rareté du H Van en Australie. Tu n’as pas tout à fait tort… quoique !

J’envoie un message à RPELA, pour en savoir plus sur son système, après plusieurs échanges  ultra-sympathiques, Dave, le propriétaire et shaper (owner/operator) de la marque KATANA me convie à son shop. Je ne vais pas m’étendre sur cette merveilleuse rencontre, çà fera l’objet d’une prochaine discussion, car il y a tant à raconter sur le personnage, son ouverture d’esprit, son grand coeur et sur son système de protection des surfeurs contre les attaques de requins RPELA.

Toujours est-il que je suis dans le shop, dans la périphérie nord de Perth, Osbourne Park, non loin de la plage de Scarborough. Au fil de la discussion je demande naïvement à Dave s’il connait un endroit pour faire réparer mon pot d’échappement. Et oui, le transport France-Australie aura aussi eu raison de mon pot d’échappement,  plus précisément, le tube à la sortie du silencieux est coupé et la jonction au silencieux est détruite… Inutile de te dire que ça devient urgent de le fixer maintenant car Marcel est déjà bruyant de nature mais la, c’est juste insoutenable. Déjà presque un millier de kilomètres parcourus. Au delà du bruit, l’odeur des gaz d’échappement directement dans l’habitacle deviennent nocifs avec cette forte chaleur et me donnent des mots de tête à n’en plus finir. Bref, tu l’auras compris le road-trip vire au calvaire. Pourtant comme tu as pu le lire, j’ai fais le job avec Les Coflocs !

Dave, me lance laconiquement, « Il y a un type juste à côté, un copain mais il est fermé aujourd’hui, sinon tu as un autre type à 2 pâtés de maison d’ici, Custom Exhaust, il m’a réparé un échappement il y a plus de 10 ans… je ne sais pas ce qu’il vaut ! »

Curieux de nature et ayant la ferme intention de fixer ce problème, me voila en route vers le shop Custom Exhaust, « Will see » comme on dirait ici ! Quelle ne fut pas ma surprise, j’arrive dans un petit cul de sac, où sont implantés 4 hangars les uns à la suite des autres. La couleur est annoncée des l’arrivée, quelques anciennes sont exposées côté route, des Ford Falcon, et d’autres bolides locaux que je ne connais pas, probablement de la marque Holden. Je ne m’aventure pas jusque au fond en premier, mais je vois quelques carcasses d’anciennes ainsi qu’une Volvo sport rutilante. Cà flaire la bonne adresse !

J’entre chez Custom Exhaust. Un type travaille sous une voiture, pas très souriant ni avenant de prime abord. J’attends de longues minutes, puis il vient à ma rencontre. Va expliquer ton problème de silencieux lorsque tu ne connais pas un seul mot technique en anglais – maintenant mon pote si tu as un problème, je suis un dictionnaire ambulant sur l’échappement !

Ce type donc, Gary, ressemble à tant d’autres que j’ai pu croiser, tu sais ce genre de personne avec une carapace de gros dur, ne laissant transpirer aucune émotion, et pourtant de gros nounours, avec un coeur plus gros que toi et moi réunit, toujours prêtes à rendre service. Il voit bien que je ne maitrise pas la langue, il prend le temps de m’expliquer, de répéter et surtout de comprendre ce que j’essaie de lui dire. Et puis, je ne sais pas te dire ni pourquoi ni comment, ce type bourru s’ouvre d’un coup et me rassure. Il fixera le problème sans souci mercredi en huit 9h (nous sommes vendredi) – Parfait, me voila rassuré, même si au fond ma petite voix de râleur entonne « Encore 3 jours de plus bloqués ici… vivement que l’on parte down south », le road-trip me manque un peu après presque 2 et demi séparé de Marcel.

Mais comme dans la vie il n’y a pas de hasard, jamais, avec le recul je peux te dire que ce délai aura été ma plus grande aubaine, je ne saurais que trop peu remercier Gary d’avoir été over-booked !

Alors que je m’apprête à repartir, il me lance, « Attends j’appelle un copain il est complètement malade de Citroen, un fou, comme toi ! ». Un fou ? Comme moi ? Gary m’a cerné ! Ce n’est cependant pas faux, il faut être sacrément fou et amoureux des anciennes pour importer son vieux van de France en Australie, « travelling around » et vivre ainsi la vanlife, mon rêve à l’australienne… comme beaucoup me l’ont déjà fait remarqué – y compris toi parfois -, je n’ai pas choisi la solution la plus « confortable » pour voyager !

Je te rassure mate, fou « means » passionné ou, un mec bien, dans le jargon des anciennes, seuls les vrais savent ce qui nous anime !

Très vite, un second type arrive, la soixantaine, c’est le gentleman driver de la Volvo rutilante ! Lui, il ne me voit pas comme un extra-terrestre, il est tellement heureux de revoir un H van ! Revoir ? Je t’ai dis qu’il y a 2 H Van à Perth, 2 coffee trucks… Little Brass Van, que je connais bien, car nous échangions depuis la France, puis  nous nous sommes rencontrés ici, et The Patron, que je ne connais pas personnellement mais avec qui j’échange régulièrement aussi. Alors  assieds toi bien dans ta chaise et accroche toi ! Figure toi que le p’tit bonhomme face à moi est LE type qui a restauré intégralement depuis le châssis le H Van The Patron… les bras m’en sont tombés, toi aussi non ?

Ce type en connait au moins autant que moi sur le H, voire plus. Comme qui dirait mon Laurent australien ! Mais lui il s’appelle Wayne !

La encore un amour… incroyable comment un véhicule, comment une passion rassemble les Hommes ! Lui aussi est tout de même « halluciné » de me voir voyager dans mon H Van.

Souvent je te dis que je parle à mon Marcel, que je le caresse, que je lui voue une passion sans nom… nous sommes au moins 2 maintenant. Gary me demande s’il peut ouvrir la porte de l’habitacle, et le voila se délectant des vapeurs d’essence, reluquant les sièges, tous les détails. Je lui ouvre l’arrière, il est immédiatement subjugué, sous le charme …. « you built it by yourself ? » (la 3eme question normalement). Et une conversation endiablée s’amorce. Gary nous rejoint, nous parlons voitures, pièces détachées, un film… les 2 gars sont là à m’apprendre les mots en anglais, prenant patience et plaisir à m’expliquer… Gary se met même à balbutier quelques mots frénétiques en français, si heureux de pouvoir aussi partager un peu avec moi. Tu commences à me connaitre maintenant, l’émotion est montée, j’avais envie de les serrer dans mes bras ces deux lascars !

Quelques minutes plus tard, Wayne me dit, « Viens je vais te montrer mon garage »… Garage ? Je te le donne en mille, Wayne est un mécanicien virtuose, spécialiste des voitures anciennes et notamment des Volvo pour lesquelles il voue une passion sans nom. Ayant toujours travaillé depuis son plus jeune âge dans la plus grosse concession Volvo de Western Australia…

Comment est-ce possible ? Comment me trouver là et tomber sur des types comme çà ? Je suis béni des Dieux…Pourquoi ?

Je pense à la suite de mon road-trip, si j’ai un souci mécanique, je pourrai joindre mes nouveaux amis pour soit me dépanner soit m’orienter vers les bonnes personnes où que je me trouve sur le territoire.

Alors que nous approchions du garage de Wayne, un troisième larron arrive au volant …. D’une Citroen SM !!! LE troisième est le malade mental, probablement le seul en Australie, fan de Citroen anciennes…. Et j’apprendrai très vite qu’il en possède de nombreuses ! Lui c’est Rhys… il me serre la main et se jette sur Marcel, le caressant et l’auscultant.

Rhys est le « business partner » de la femme de Wayne. Ils possèdent une grosse entreprise d’électronique et système d’alarme… et ont donc leur propre garage ainsi que leur mécanicien pour entretenir les véhicules de leur flotte. C’est le dernier garage dans l’allée, celui devant lequel il y a de nombreuses carcasses et pièces d’anciennes ! Ils m’ouvrent donc cette caverne d’Ali Baba…. Et la, un garage spécialisé dans les anciennes s’offre à moi. L’ équipement, le stock, l’automobilia…. Tout est à faire pâlir n’importe quel autre garage ! Ici, je t’assure, et tu peux me croire, ce n’est pas un garage de rigolos ! Rhys et Wayne m’expliquent qu’ils restaurent leurs voitures de collection personnelles, et parfois ils – Wayne – travaillent sur la voiture d’une connaissance (cf le H Van The Patron !). Crois le si tu veux, mais une 2cv, moteur ouvert trône face à moi, quelques américaines sur les cotés, un Chris Craft en bois, quelques motos anciennes, et sous une bâche, Rhys est tout fier de me montrer sa Panhard qu’il restaure complètement. Carrosserie et intérieur sont terminés… il s’attaque à la mécanique… tout est refait de mains de maître en pièces d’origine chinées en Europe. Il en est fier, très fier, car c’est une des 2 modèles en Australie !

Bref, je pourrai m’attarder des heures comme nous l’avons fait à discuter, mais tu l’auras compris mes 3 nouveaux amis sont aussi piqués que moi ! C’est une belle rencontre… et tu vois ce qui en temps normal m’aurait rendu hystérique, ou encore m’aurait angoissé ou stressé, fixer ce fichu pot d’échappement, ne m’a d’abord pour le moins pas stressé et par la suite m’a permis de rencontrer des types en or… que veux tu dire à part MERCI la vie !

Rappelle toi ce que je te dis souvent, rien n’arrive jamais au hasard… ET la vie te récompense lorsque tu es bon.

Raisonnement par l’absurde… de l’énervement et du stress m’auraient probablement contraint à faire réparer mon pot d’échappement je ne sais ou sur la route par un margoulin. Pour sûr la réparation m’aurait couté une blinde, n’aurait pas tenue… et surtout jamais je n’aurais rencontré mes 3 nouveaux compères ! CQFD

Parce qu’une fois de plus, tiens toi bien tu n’es pas au bout de tes surprises ! Rhys tout d’un coup  me demande pourquoi je suis la. Je lui explique, il me rassure, Gary est le top du top sur les échappements, il fera le job, et bien ! Et une fulgurance le prend… « Hey Sam, you’re the most luckiest man ever… maybe I have your  brand new muffler … probably the only one wide Australia ! » …

Serre les fesses maintenant, il sort du fond de son garage LE bon silencieux – oui tu l’auras compris un muffler c’est un silencieux dans la langue de Shakespeare – et les tuyaux qui vont avec. Est ce que tu le crois ? Dis moi que non, toi aussi, tu te dis « PUUUUTAAAINNNNN, il a sacrément de la chance le Sam ! » De la chance ? Le hasard ? … tu sais ce que j’en pense…

On rigole, on se montre chacun nos jouets… on échange nos numéros de téléphone au moment de nous séparer, tu sais, un peu comme à la fin des vacances d’été, lorsque tu quittes tes copains ! Sous-entendu, tu m’appelles ? On se reverra ? …. tu ne crois pas si bien dire… je suis un peu long, mais si tu en as le courage, prends un café et continue à lire, le meilleur est à venir !

Je tourne la clé de contact, démarre, et rentre tranquillement à Palmyra chez mes housemate Nat & Tom. Ils sont à l’apéro dans le jardin sous la tonnelle. A peine ai-je franchi le portail que Tom me lance « Hey mate ! Any chance to see Marcel in Lancelin this week-end ? »… Quelques jours auparavant effectivement il m’avait parlé de leur week-end à venir à Lancelin – en compagnie de quelques amis -, ce lieu magique à deux heures de route au nord de Perth, connu pour ses immenses dunes de sable – un peu comme celle du Pyla. Je n’avais pas saisi que si j’ étais invité, j’étais même désiré ! Ces deux là sont des amours – vraiment – et n’ont qu’une  envie, que l’on passe un super week-end comme nous nous l’étions promis, en van !

Nat et Tom sont aussi des vanlifers, après plusieurs voyages au long cours à travers le monde, il se sont posés en Australie et projettent de repartir en Europe et en Amérique du sud cette année, avant de reprendre une vie sédentaire et fonder une famille ici à Fremantle ! Promis ? Oui, je ne sais plus si je t’en ai déjà parlé mais Nat et Tom possèdent un T2 Volkswagen, Mike …  et, tu l’auras compris nous nous sommes promis une virée Mike et Marcel « All together ! ».

Tu l’auras compris devant tant de gentillesse je pars pour Lancelin – avec mon échappement foireux ! D’ailleurs Nat & Tom, ce charmant couple de trentenaires, il faudra que je t’en parle plus longuement, quel bonheur de les avoir rencontré – encore un vrai beau cadeau de la vie.  Parfois je me dis que tout cela résonne comme une récompense, récompense pour ne pas m’être résigné à rester bloquer dans la pénombre, récompense pour avoir atteint le stade de résilience…

Si je peux te donner un conseil, un seul, éveille toi, baisse ton ego, ouvre toi à la vie, et tu verras à quel point il est bon de jouer avec elle ! Car oui, il ne faut point se prendre au sérieux, tout ça n’est qu’un jeu, parfois tu perds, parfois tu gagnes !

Je reviendrai également une autre fois sur mon week-end à Lancelin, car ce n’est pas ici le sujet principal de l’histoire. Ce qu’il faut que tu saches néanmoins, c’est que ce week-end fut magique, je le prolongerai d’ailleurs de 2 nuits supplémentaires tellement le lieu est stupéfiant de beauté !

Néanmoins sur la route me conduisant à Lancelin, à environ 70kms du but, un énorme 4×4 me double – jusque la rien d’extraordinaire – levant un gravillon et le projetant sur mon pare-brise… tu commences à comprendre ! …. explosion, mon pare-brise vole en mille morceaux  ! Si tu n’es pas si jeune que çà, rappelle toi, les pare-brises d’antan ne sont pas feuilletés comme maintenant, quand ils cassent, ils sont projetés façon puzzle ! C’est ce qui est arrivé… heureusement, mes lunettes de soleil me protègent les yeux, mes jambes, elles, gagnent quelques égratignures de plus, mais dans l’ensemble je m’en sors plus que bien !

Me voila donc arrêté sur le bas côté, dans une région où les bushfires ont sévi il y a quelques jours. Tout est cramé à perte de vue, il ne fait pas loin de 48°, il est quasi insupportable de rester dehors ! J’ôte les restants de verre encore accrochés au joint de pare brise, je ramasse tout ce que je peux dans l’habitacle … et un sourire monte, suivi de rires ! Je te vois venir encore une fois, non ce ne sont pas des rires de nerfs ou compulsifs, non ce sont des rires de joie ! Et sais-tu pourquoi ?

Il y a quelques mois avant de partir, Laurent – mon ami cher, je t’en ai déjà parlé – m’invite à son anniversaire. Je suis tellement touché et ému, qu’à cette époque, je décide d’accélérer mon retour du pays basque espagnol pour ne surtout pas manquer cette occasion. Là encore je ne vais te raconter cet épisode en détail, mais alors que nous sommes avec Gaston à passer le temps autour d’un Banana bread et d’un tiramisu – en compagnie des enfants de Laurent et de ses amis proches – le voici arrivant vers moi, les bras chargés de pièces détachées pour Marcel ! « Tiens Sam, tu dois avoir tout çà au cas ou ! » Quelques minutes plus tard il revient avec…. Tu devines ? Un pare-brise et me dit « Prends en au moins un, ça peut toujours servir ! »

Tu comprends maintenant pourquoi je hurle de rire tout seul sur le bas cote en plein cagnard !

Je ne peux pas le remplacer tout seul, alors je repars tout sourire, tu t’imagines allant encore moins vite qu’avant – quoique – pour parcourir les derniers 70kms sans pare brise ! Avec l’aide de Nat,  nous le remplacerons pendant le week-end ! Laurent… comment te dire, merci !

Le chemin retour vers Perth est un vrai calvaire, je ne sais toujours pas pourquoi il fut ainsi, même si j’ai quelques pistes. Le cocktail gaz d’échappement, bruit et chaleur devient simplement insupportable. A cela s’ajoute un problème d’allumage, enfin je crois. Sans te mentir, tous les 5kms,  le moteur se met à s’étouffer, puis à s’arrêter net, sans préavis. Si ce n’est pas agréable c’est en plus extrêmement dangereux dans ces no man’s land où les voitures fusent à grande vitesse ! J’ai mis environ 4 heures pour parcourir 130kms…

Il devient urgent de fixer ce souci, et surtout garder son calme. Je me surprends une fois de plus, après avoir évacuer mon énergie négative une première fois en hurlant un bon coup, à chaque arrêt, j’essaie d’éliminer une cause probable sans présager de la suite. Ainsi, je règle l’angle de la tête d’allumeur, les vis platinés, la carburation, change le rotor, enlève et nettoie chaque bougie, vérification de la pompe à essence… mais rien n’y fait. Le problème persiste de manière totalement aléatoire ! Apres les premiers arrêts, tu aurais du me voir, je repartais serein me disant « C’est bon cette fois-ci le problème est résolu ! » Queneni…. Alors je mets ça sur le compte de la chaleur ! Ou plutôt j’essaie de m’en convaincre. Peut-Être est-ce la bobine qui est défaillante !

J’ai bien mérité une pause fraicheur. Avant d’entrer dans la City, un stop à Scarborough Beach s’impose ! J’aime l’ambiance de cette ville, de cette plage, c’est d’ailleurs ici que quelques jours auparavant j’ai testé ma nouvelle planche de surf avec le système RPELA.

Footing le long de l’océan, douche, café, chill et sunset… les tracas sont oubliés !… tracas ?

Il est temps de reprendre la route… Marcel ronronne comme jamais… je commence à me dire que la thèse de la chaleur n’est peut-être pas si déconnante que ça… et puis, un nouveau bruit ! Sur le coup je t’avoue que l’idée d’être un peu chat noir m’a traversé l’esprit.

Ce bruit, je ne le connais que trop bien, c’est celui du roulement de roue avant gauche, juste sous mes fesses. Le même bruit que sur l’Ile de Ré, où j’ai du faire une réparation de fortune sous les yeux médusés de Gaston « Papa la roue est presque partie ! », ou encore, le même bruit qu’au Portugal cet été, toujours sous l’oeil de mon copilote favori ! Je ne sais pas si tu t’en rappelles mais j’avais du le remplacer après qu’il n’est cassé sur la route, heureusement après avoir ramener les enfants en France ! Je saute du camion, essaie de faire bouger la roue à la main, pas de jeu… étonnant çà craque pourtant !

Je redémarre, 100 mètres plus loin, l’enjoliveur du même côté se barre, je le vois rouler dans le rétroviseur, sur la route à l’amorce d’un rond point … Ah voila le bruit ! Je te passe les détails, je m’arrête, le récupère et repars !

Rond point suivant, le bruit revient, en plus de celui de la flasque qui touche en tournant… cette fois c’est sûr le roulement est vraiment foiré. A peine le temps de réaliser que la roue se met à vibrer, puis à prendre sévèrement du jeu. Je monte sur le trottoir, me gare sur une piste cyclable pour de ne pas gêner la circulation.

Mon sang ne fait qu’un tour, ce « fucking shit » (expression triviale australienne) roulement est encore abîmé …. Comment cela est-il possible, il n’a pas plus de 5000kms… l’histoire sans fin… Sam, est-ce un signe de la vie ? Quelquechose que tu ne comprends pas forcement, car la situation se reproduit encore et encore !

Je te plante le décor, il fait nuit noire, je ne peux plus avancer… je dois donc trouver une solution pour ne pas avoir à me faire tracter ! Rien ne sert de  sourciller, il faut juste démonter et aviser. En moins de 5 minutes le camion est levé, roue démontée, et ce que je pensais être la panne est bien la panne. Je ne sais par quel hasard, ce foutu roulement conique a pris du jeu, la rondelle de blocage s’est encore cassée, le roulement est endommagé mais pas cassé. Par chance, il me reste encore une rondelle de blocage. Je remonte l’ensemble, et je remercie encore une fois mes amis pour leur aide à distance, Laurent pour les pièces et Mike qui m’a réalisé sur mesure un outil pour démonter le moyeu !

Au fond, je  sais bien que les carottes sont cuites, il va falloir trouver et changer ce roulement… et ça ne va pas être facile. Pour l’heure, il est tard, j’ai faim et je dois déplacer Marcel sur un lieu sûr. GPS, Google maps, un IGA se trouve à seulement 1,6kms de distance ! Confiant je redémarre.

Aux premiers tours de roue, je comprends que ces 1,6kms ne font pas être une partie de plaisir. Le roulement accroche, il est pratiquement cassé ! 1,6kms en première, en roulant à 15km/h avec un bébé de 2T2… et en pleine nuit, je te laisse imaginer la scène. Cette fois, c’est clair, je n’en mène pas large, gros souci, ou plutôt souci paralysant dans un pays que je ne connais pas !

Plus je roule et plus le bruit s’intensifie, le roulement est en mille morceaux c’est sûr ! Arrive enfin l’IGA. A ma grande surprise, c’est un petit supermarché « superfood et naturalfood » ouvert 24/24 7/7, je pourrai au moins manger quelque chose de bon ! Il y a un parc, de la verdure , des petits cafés, bref ce n’est pas un centre commercial, plutôt un petit quartier commercial. Je te rassure, je suis dans la suburb Wembley, probablement une des plus classes de la City. Mais ça, je ne le découvrirais qu’après !

23h… les mains et les genoux noirs, je mange sur mon parking, coffre ouvert sur la nature, pas si mal finalement pour un stop « breakdown ». Demain est un autre jour.

Si je ne me pose pas pour méditer au sens ou tu l’entends, c’est assis dans ma cabane que je trouve la paix intérieure. Je te garantis que ce soir là, d’abord l’envie de pleurer m’a envahi – probablement la fatigue – puis le calme et la sérénité m’ont gagné. Je ne sais vraiment pas d’ou me vient cette paix, voire cette force intérieure vis à vis des obstacles, car je peux te l’assurer ceux qui me connaissent depuis longtemps, ceux de mon ancienne vie ont été les témoins de mon impatience chronique, de ma mauvaise humeur ou encore de mes crises de colères lorsque tout ne se passe pas comme je l’avais prévu.

La vie m’a apaisé, l’âge aussi, plus sérieusement les épreuves, les vraies, celles qui te mettent parfois face à la mort, face au grand vide, celles pour lesquelles ta décision de l’instant fera basculer à jamais le reste de te vie. Celles-ci je peux te garantir qu’elles te demandent d’aller chercher au plus profond de ton être la paix et le calme.

Alors finalement lorsque tu as passé ce cap, c’est curieusement à ce moment que la sérénité te gagne… je te l’ai déjà dis je crois, je n’ai rien fait pour, ou plutôt si, prendre de la hauteur. Pour le béotien ou le matérialiste ce concept somme toute relatif est probablement une utopie de malade mental, et pourtant…bref.

Réveil douceur, café dans le petit Coffee-shop du coin, déjà « busy » dés 6h30. Ça sent le pain, les viennoiseries et les muffins. Une fulgurance, et si j’appelais Wayne ?

Quelques minutes plus tard, imagine toi que Wayne me propose de laisser Marcel à son garage, le même dans lequel je dois faire réparer mon échappement le sur-lendemain. Et comme je ne veux pas prendre le risque de rouler les 5kms qui me sépare de celui-ci, Wayne m’envoie les coordonnées d’un de ses amis pour me tracter !

Quelle gentillesse, ce type, je ne l’ai vu qu’une seule fois et il met tout en oeuvre pour me trouver des solutions, allant même jusqu’à me proposer de me mettre à disposition ses outils pour fixer le problème ! Sur le moment je ne sais pas quoi dire à part Merci !… une fois de plus !

Quelques heures plus tard, le remorqueur arrive et en moins de 5 minutes il monte Marcel sur son camion. Encore un type génial, le coeur sur la main. On parle voitures anciennes, on parle de la vie et chemin faisant il m’annonce qu’il ne me prendrai pas le prix initialement négocié par téléphone… mais bien moins tu t’en doutes.

Une fois de plus, ce qui pourrait apparaitre comme une mauvaise expérience pour certains se transforme en une opportunité de rencontres et d’échanges avec de belles personnes.

Nous déposons donc Marcel. Wayne qui ne pouvait se résigner à attendre arrive ventre à terre. Nous prenons la décision de ne pas démonter de suite mais d’attendre le lendemain après que Gary est définitivement réglé le problème d’échappement. C’est donc rassuré que je regagne la maison de Nat et Tom… qui sont ravis de m’accueillir le temps des réparations. Que de chance, tu imagines, non seulement Marcel est choyé, je suis en confiance avec ces personnes que je ne connais que depuis quelques jours… j’ai une maison dans laquelle dormir… bref, je ne suis pas seul, bien au contraire. Au fond, la vie est parfaitement parfaite toujours, car heureusement que ce problème survient maintenant, à proximité de la City, car imagine si c’était arrivé en plein milieu de nulle part, à des centaines voire des milliers de kilomètres d’ici.

Non, je dois l’avouer la vie est bien faite, la vie est juste avec toi si tu te comportes bien, si tu es une belle personne. Je ne me jette pas de fleurs tu le sais, car au fond l’opinion des autres sur ma propre personne n’a que peu d’importance. La vie se charge de cela ! La roue tourne… le retour de manivelle pour certains, pour ceux qui n’ont pas compris, qui n’ont pas évolué, ou qui n’ont pas voulu changer ! Pas de leçon, tu me connais assez maintenant. Je peux simplement te dire que je réalise encore plus que la vie est un cadeau de chaque instant, que la bonté et la bienveillance sont des vertus reconnues, il ne faut pas en douter. Qui l’eut cru ! Si je n’ai jamais été une « mauvaise » personne, je pense être aujourd’hui à l’opposé de celui que j’étais par le passé.

Assez philosophé, il faut réparer Marcel pour s’assurer un retour sur la route rapide et serein.

Mercredi 9h, je suis au rendez-vous chez Gary. Ce type bourru est devenu une toute autre personne. Alors que je m’avance dans l’office poliment, le saluant, il m’invite à passer de l’autre cote de la barrière, à prendre un siège avec Wayne et lui,  pour commencer la journée sereinement autour d’un café, dans l’échange, discutant vielles bagnoles.

Gary est juste un type en or, d’une gentillesse et d’une douceur incroyable sous son air de biker. Il me parle de ses voitures anciennes, des réparations qu’il a faite, sans montrer ses muscles, juste pour partager notre passion. Il s’intéresse à moi, à ma vie, sur les raisons qui me poussent à voyager ainsi, aussi loin de mes racines, dans ce van, ce bon vieux Marcel !

Et comme bien souvent lorsque je raconte mon histoire, je suis surpris de la réaction de Gary, il connait cette vie, il connait ces problèmes, ll connait le stress… et il commence à se confier tel un gamin ! Dans les années 90 il avait 10 employés, et puis le temps est passé, les soucis, le mal être, la concurrence, les crises économiques mondiales…. Aujourd’hui presque 30 ans après, il travaille seul avec sa femme qui s ‘occupe de « l’administratif ». Alors autant te dire que mon choix de vie, il le comprend, il l’admire… « you are brave, mate » Cette phrase je te la redirai souvent, car je l’entends quasi dans toutes les conversations.

Mais tu le sais, je ne suis pas courageux, j’ai juste pris une décision radicale ! Le courage, il est de rester dans une vie qui ne te rend pas complètement heureux. Ce van, Marcel, m’ouvre à chaque fois des chemins vers des personnes que je n’aurais probablement croisé… des passionnés, des gens heureux, des malheureux, bref… peu importe leurs situations, dans ce moment présent, ils viennent à ma rencontre, ils viennent me parler, comme attirés par mon énergie !

Il passe sous le camion, commence le diagnostique … le tuyau du silencieux est cassé, il me le réparera au cas ou – pour l’avenir – et m’installe le neuf. Etrange, ce type qui ne veut personne dans son atelier, me laisse entrer, le photographier… il prend même la pose, amusé ! Le travail qui devait prendre initialement 2h prendra la matinée, il me reconstruira le tube après le silencieux ainsi qu’un système de fixation sur mesure pour « tenter » de  palier à toutes vibrations… tout ce travail pour le même prix of course !

Je te passe les détails car évidemment tu as compris à quel point Gary est généreux, de son temps évidemment, comme si ma compagnie le faisait s’évader temporairement. Oui, en fait je crois que c’est çà, toutes ces sympathies, l’espace d’un instant vivre par procuration ma liberté, s’évader …

Ceci étant fait, au tour du roulement de roue !

Wayne est à la manoeuvre, en moins de 5 minutes le camion est levé, la roue est retirée… et le constat est flagrant, ce foutu de roulement conique est complètement explosé… one more time !

La manoeuvre délicate d’extraction commence. Puis ce qui devait arriver arriva… le tambour est plus que fissuré, il se casse littéralement au niveau d’un goujon. Tu le crois çà ? J’ai changé celui de l’autre côté au Portugal cet été et voila que maintenant c’est au tour de celui-ci… Il faut tout de même que je te précise ici, que je reste dubitatif, quel signe la vie m’envoie-t-elle ? Je t’avoue que je ne le comprends toujours pas à l ‘heure ou je t’écris et ce, plusieurs semaines après.

En effet, cette pièce – le tambour de frein – est censée ne jamais casser, ou si cela arrive c’est très rare dans une vie… et la en moins de 6 mois, j’en casse 2 ! Idem pour le roulement, même s’il est plus commun de casser cette pièce, peux-tu m’expliquer comment ce même roulement peut casser 2 fois en moins de 6 mois ? Et ne me parle pas de mauvais montage, si cette solution et ait la bonne, le roulement n’aurait pas tenu des milliers de kilomètres.

Bref, tout se passe comme si la vie m’arrêtait sur mon chemin pour ne pas passer à côté de belles personnes… ou autrement dit, tout se passe comme si la vie me forçait à ces rencontres !

Wayne est désabusé, je t’avoue que moi aussi mais pas pour les mêmes raisons. Wayne lui se demande comment trouver cette pièce rare, ici en Australie. Pour ma part, je comprends que je vais devoir rester immobiliser encore une dizaine de jours … à Perth. Je sais que mon fidèle ami Laurent – ce type pour qui j’ai une grande admiration, un respect qui dépasse de beaucoup celui que je peux avoir pour certaines personnes de mon entourage – va me trouver la pièce de toute urgence et me l’expédier.

Je sais également que la réponse à la question « Laurent, je te dois combien ? » sera inlassablement la même, « Rien, tu pourras dire que je te sponsorise »… même si cette fois il m’a fait mentir, car devant mon insistance à obtenir la note, sa réponse fut « Tu me dois 1€, comme çà, tu pourras dire que je t’ai vendu les pièces ! » Oui, tu entends bien, les pièces car j’en profite pour acheminer des pièces supplémentaires, de la consommation courante, rotor, tête de delco, bobine, fils de bougies…

Revenons à Perth, j’aime la ville, j’aime l’ambiance, j’aime les rencontres et j’y ai de bons amis maintenant mais… je t’avoue qu’après le Japon, qu’après ce temps passé ici je ne rêve que d’une chose partir à l’aventure ! Nat & Tom sont heureux de m’accueillir de nouveau le temps des repartions… je suis béni dans cette vie, tant d’amour à mon égard…

Qui suis-je pour mériter çà, qui suis-je pour que ces gens qui ne me connaissent que peu déploient autant d’énergie pour moi ? J’ai un bout de réponse mais tu ne vas pas l’aimer…

Et oui, encore une fois je vais te rabâcher la même chose, les énergies, ce que tu projettes ! Car ils n’ont rien à gagner à m’aider dans mon projet, dans mon chemin de vie, rien absolument rien. Et pourtant ils s’y attellent, comme si ils y trouvaient inconsciemment une forme de rédemption…

Thierry, ce thérapeute dont je t’ai déjà parlé m’avait dit une chose alors que j’étais au plus mal et que seule la mort semblait être une issue à mes yeux. Il m’a dit ceci, « Sam, il y a 20% de guides, 80% de suiveurs. Vis ta vie heureux et simplement, n’impose pas ta vision, ceux qui veulent changer t’emboiteront le pas ». Peut-Être avait-il raison. Etre heureux avec rien, ne rien demander, porter sa bonne énergie, rayonner… être bienveillant… tout ce qui me faisait défaut dans mon ancienne vie, tout ce qui m’empêchait d’être moi, tout ce qui m’empêchait d’être heureux.

Attention, ne te méprends pas, je n’ai ni un ego démesuré, ni ne me prends pour ce que je ne suis pas et encore moins avoir le sentiment d’être un guide.

Je veux juste être moi, ce mec illuminé, qui croit encore à l’humanité, qui croit que marcher pieds nus, sauter une douche de temps en temps, porter parfois – souvent – un vêtement taché ou encore qu’écouter le silence et parler aux arbres n’est pas si grave que çà, n’est qu’une normalité de l’instant.

J’y crois profondément ! Ce kundalini, cette force intérieure qui se déploie et se propage à l’extérieur, cette énergie que l’autre perçoit, cette énergie attractive, agissant comme un aimant.

Les 7 jours d’attente seront longs, très longs, ils m’obligent à puiser dans mes ressources, pour apprécier ce temps, pour ne pas sombrer dans la mélancolie. La patience qui me faisait défaut par le passé est maintenant devenue une de mes vertus principales – maman si tu lis ça, toi sauras que j’ai vraiment changé ! Tu le sais, je m’interroge assez souvent d’ailleurs sur cette question, est-ce encore l’effet des médicaments, est-ce encore une forme de période de latence, comme en apesanteur, est-ce qu’un jour je vais replonger, être de nouveau rongé par le stress, l’angoisse, redevenir comme avant ?

Si je me pose la question, je te rassure ça ne me hante pas, mais alors pas du tout. Je te le dis souvent je ne connais plus ni stress ni angoisse, plus rien n’a de prise sur moi, aucun jugement… je me sens tellement et profondément en paix avec moi-même… est-ce cela tu crois l’éveil ?

Le colis arrive le couperet tombe en ce lundi matin… le tambour de frein n’est pas le bon dixit Wayne… je prends un coup au moral, comment est ce possible ? Je sais au fond de moi que c’est même impossible car Laurent connait parfaitement le HY, s’il n’y avait ne serait-ce qu’un doute sur le montage, il m’aurait envoyé toutes les solutions possibles, comme il l’a déjà fait par le passé !

Nat & Tom qui étaient tellement heureux d’apprendre que Marcel allait être réparé, sont anéantis,  attristés de cette nouvelle, certainement même plus que moi. J’interroge Laurent et attends son retour avec le décalage horaire, la journée est une des plus longues depuis longtemps… je marche, je fais du sport, je ne peux me résigner à être triste.

5:00pm, confirmation de Laurent, c’est la bonne pièce même si l’apparence extérieure ne ressemble pas à l’ancienne. Je « message » Wayne, j’insiste, rien n’y fait, il ne veut pas la  monter. Okay ! Demain je serai au garage.

Mardi matin, le roulement est en place, je discute avec Wayne, il convient que la pièce « fit »,nous remontons, purgeons les freins, effectuons des tours de tests… all good mate ! Marcel est réparé ! Fier comme un artaban, je me glisse derrière le volant et rentre à la maison.

Marcel mérite un bon nettoyage, quelques bricoles à améliorer – toujours – lessive… et tout sera prêt pour le grand départ. J’envoie un message à Tom lui indiquant que je souhaite rester quelques jours de plus, tu te doutes de la réponse… « You’re more than welcome Buddy ! »  Ça fait chaud au coeur ! Et ne va pas imaginer que cette sympathie n’est que parce que je loue la chambre, non, tiens toi bien, car au moment de partir et de régler la dernière semaine, Tom m’en fait cadeau, nous sommes amis, il m’a dépanné dans un moment difficile, pas question d’argent. CQFD… je ne te refait pas l’affront de te dire pourquoi, chacun y trouvera sa réponse !

Toujours est-il que c’est le coeur léger, l’esprit libre, et avec une forte envie de voyage que je reprends la route, direction Adelaide, à presque 3500 kms, en quête de ce visa, ce sésame qui me permettra de rester vivre ici, de travailler et de pouvoir prétendre à une vie telle que je l’entends !

Ici, je suis qu’un immigré de plus, je transporte ma maison, mes biens avec moi, ce voyage revêt une tout autre dimension, pas simplement une aventure passagère, il est le fondement de quelque chose de nouveau, un renouveau, une résurrection… mais le chemin est long …

Stay tuned mate ! Cheers !