La vie de chacun est inscrite sur son visage.

– Proverbe japonais

Je t’avais dit que je reviendrai … là-bas où mon coeur est prisonnier depuis si longtemps … au Pays basque !

Ma tournée des « ce n’est qu’un Au-revoir » se prolonge ici … déjà la 2ème étape ! Après les potes de judo… c’est au tour de mes amitiés basques !

D’ailleurs, je ne me suis pas trop attardé à te raconter cette dernière séance de judo, dans le dojo qui m’a vu naître en tant que judoka – il y a maintenant 36 ans – et qui m’a consacré ceinture noire – 27 ans en arrière. Ce dojo il est important pour moi pour les 2 raisons que je viens de t’évoquer, mais aussi et surtout parce qu’il est comme un temple… où la sagesse et la philosophie du sport m’ont été enseignées. Probablement les armes qui ont fait que je ne sois pas tombé dans les pires travers de la vie. Ce dojo, c’est celui ou j’ai passé mes plus belles années, avec les copains, avec mon frère, avec mon père, dans l’insouciance permanente !

Alors au moment de partir loin, sans même savoir si je reviendrai un jour, j’ai voulu fouler une dernière fois ce tatami, et pour être très franc, essayer de renouer le lien brisé avec mon frère depuis si longtemps… 12 ans.

12 ans que je n’avais pas vu, ni parler à mon frère, 12 ans que nous sommes brouillés, 12 ans de perdu… que dis-je 12 ans de bêtise ! Tant de bêtise d’ailleurs que je ne sais même pas si et lui et moi ne savons pourquoi il en est ainsi ?!

Bref, il est enseignant, ici même où nous avons débuté, alors le judo semble être la meilleure opportunité pour nous « rabibocher », parler notre langue commune, faire en sorte que tous les bons souvenirs rejaillissent et permettent d’effacer, ou plutôt d’oublier, ces 12 dernières années.

Je m’étais imaginé des retrouvailles chaleureuses, affectueuses car il faut que je te dise que mon frère – mon aîné de 5 ans – a toujours été très protecteur envers moi. Lui cette force de la nature, lui le « Rambo » comme l’ont surnommé ses frères de tatami. Tu vois, même s’il ne faut jamais présager du futur, je m’étais fait à l’idée que nos retrouvailles seraient chaleureuses, tendres voire même « fraternelles ».

Nous nous sommes donc revus, nous nous sommes parlés, nous avons pris la garde ensemble, comme avant… mais sans effusion, sans geste de tendresse… en tout cas de sa part… étrange de se dire que c’est ton frère et que pourtant tout semble nous séparer… pas d’affection, ni dans un geste, ni dans un regard. Suis-je déçu de celà ? Je ne formulerais ni la question, ni la réponse dans ce sens.

Je suis content d’avoir renoué un lien avec mon frère, content de l’avoir vu avant de partir, content que notre mère sache ses enfants réconciliés !

Encore une fois, je digresse, je reviens donc au pays-basque… après quelques améliorations sur Marcel, je prends la route du sud, au strict opposé de celle que je dois emprunter pour accompagner et déposer ensuite Marcel au Havre.

Bref,  quelques jours après mon anniversaire, nous nous retrouvons tous ensemble pour passer une belle soirée et un week-end au rythme de la nature. Tellement heureux de pouvoir enfin partager ce moment que nous espérons depuis de nombreux mois  – pas mon départ ! Quoique ? – non, celui de se faire un campement avec feu de camp et surtout tous les 3 réunis… des amis chers, des personnes qui comptent dans ta vie.

Ces amis chers, qui sont-ils ? Tu les as peut être déjà vu dans des images ou stories Instagram, mais je n’ai finalement jamais pris le temps de te les présenter … et comme ils sont chers à mes yeux … c’est le moment … dire aux personnes que tu aimes que tu les aimes … sincèrement pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils font… juste pour ça !

Ici pas d’arrière pensée, on n’a rien à se donner, rien à se promettre… juste passer de bons moments, arrêter le temps et graver dans nos mémoires ces instants !

C’est probablement une des raisons pour laquelle je photographie beaucoup… pas juste pour les réseaux sociaux, non, pour figer ces moments en apesanteur, pour que dans 10, 20, 30 ans ou plus… nous ayons encore ça … et pouvoir raconter à nos enfants, nos petit-enfants… les générations futures comment ce temps était bon !

Tu ne peux pas imaginer mon bonheur… bonheur car d’une part je réalise de plus en plus chaque jour que je vais vivre mon rêve de gosse le plus fou, et d’autre part de partager un moment si intense avec ces personnes là ! Je pourrais être triste, mais finalement, tu vois je ne le suis pas !  Pourquoi toujours voir dans les « au-revoir » la notion de déchirement « on ne se verra plus  ? » , « tu vas être si loin ! »… non, cette soirée comme les heures à venir sont partagées dans la joie !

Nous sommes tous sur la même longueur d’ondes, nous sommes tous des voyageurs, des aventuriers de l’instant présent !

Alors plutôt que de se complaire dans les adieux – qui n’en sont d’ailleurs pas – la vie est si longue et si surprenante – nous célébrons nos retrouvailles, nous vivons pleinement une des plus grandes joies de notre existence, se faire un spot dodo avec un feu de camp. Et oui, tu vois nos plaisirs sont si simples, si modestes… seul compte notre bonheur d’être ensemble de partager et de nous chérir les uns les autres.

Je te vois sourire maintenant, et finalement en écrivant, ce même sourire s’accroche sur mes lèvres…. non, nous ne sommes pas des « baba-cool » ou des hippies. Non, nous ne prenons pas de drogue, non nous ne prônons pas l’amour libre ! Sans jugement évidemment, chacun vit comme il l’entend et est maître de ses choix, de ses actes  ! Tu vois, au fond, en disant cela, je ne peux m’empêcher de repenser à toutes ces histoires entendues sur cette époque de partage, et me dire que finalement au delà du simple cliché de l’amour physique libre ou plutôt du sexe à outrance, il y avait dans cette philosophie de vie, dans cet état d’esprit une connotation au moment présent ultra forte. Aimer les gens au moment où ils sont là, avec toi. Ne pas présager d’une relation future, ne pas se jurer de s’aimer pour toujours, ce qui est à mon sens dans la vie moderne, probablement le plus gros biais au bonheur de chacun. Si tu réfléchis bien, toi comme moi, nous recherchons LA personne, cette âme soeur ou jumelle avec qui nous souhaiterions tout partager et surtout avec qui nous serions capables de tout partager, le bon comme le meilleur, sans pudeur.

Mais vois-tu, à imaginer  comment cette relation devrait être vécue dans le futur, à ce que l’on en attend dans le futur, nous incluons un biais… un biais certain, oui, je pèse mes mots. Car à vouloir, là encore, penser et rêver aux chimères de la société, tu passes ton temps à ne pas vivre le moment, à ne pas profiter de chaque moment, ces moments qui sont essentiels, ces moments fondateurs de ce que pourrait être ta vie avec cette personne dans le futur

Finalement, on en revient toujours a ce fameux lâcher prise, vivre l’instant sans présager du futur ! Ce futur qui n’existe pas, pas encore, mais surtout et tu dois bien te l’ancrer en tête, qui n’existera jamais comme tu l’as imaginé !

Seule la vie est maître de ton destin, tu construis ton chemin au jour le jour, décision de l’instant après décision de l’instant.

Je ne suis pas utopiste en disant ça, je sais que tu ne vas pas me croire, et me dire que je suis un illuminé, qu’il n’est pas concevable de ne pas penser a construire pour le futur, que tout le monde doit y penser… que je suis un rêveur, un marginal. C’est un autre sujet, mais nous touchons là, précisément, la différence fondamentale entre toi et moi.

Je crois sincèrement que de penser à l’avenir, le rêver ou essayer de le construire est un frein à vivre heureux dans le présent. Si tu galvaudes ton présent, tu sacrifies ton futur, c’est une certitude, pire encore une réalité… regarde autour de toi, regarde toi, n’as tu jamais regretté telle ou telle décision du passé, très certainement des décisions que tu as prise en pensant bien faire, en essayant de réaliser un dessein d’avenir, et qui très certainement ont été prise dans la douleur sur l’instant, car tu as choisi de ne pas suivre ton coeur !

Je te l’ai déjà dit, et je te le redis en insistant lourdement, on ne badine pas avec son bonheur !

Pour exemple, regarde mon ancienne vie, j’ai été un bon soldat, un soldat préparant son avenir, sa retraite, l’après comme on aime à le dire. De l’immobilier, des placements , des autos, de l’argent… bref je ne vais pas te refaire ma déclaration de patrimoine… Est ce que tout ça m’a empêché de tomber malade, est ce que tout çà m’a mis à l’abri des épreuves de la vie…Peut-être ai-je été trop faible en tombant dans la dépression… peut-être qui sait… ou peut-être trop fort justement pour réaliser que ce chemin, celui que l’on t’enseigne et pour lequel on te formate depuis ton plus jeune n’est qu’une facétie.

Je ne suis pas parti pris en te disant tout ça, et si demain la vie t’afflige une épreuve, la mort, la maladie, l’aVC ou l’accident en traversant la route, crois-tu que tu trouveras la paix en te disant que tu aurais du faire telle fou telle chose tant que tu en avais le pouvoir, ce pouvoir de décision, ce pouvoir de l’instant, cette possibilité qui s’offre à toi mais que tu refuses souvent par convenance.. Mais non, tu es bien trop occupé à hypothéquer ton présent pour essayer de rêver à quelquechose de meilleur pour plus tard.

Tu vois, nos préoccupations sont parfois bien loin des tiennes, bien loin de toutes les complaintes du progrès ou du matériel… pour réussir cette soirée, nous avions qu’un seul souhait… ce fameux feu de camp ! Comme dirait Brassens, ce n’est que peu de choses, 3 morceaux de bois, mais il m’a réchauffé le coeur !

Je ne sais pas pourquoi mais ce samedi là, la route me paraît plus longue que d’habitude… et pourtant après notre périple de 10 000kms au Portugal et en Espagne, Marcel est véloce. Peut être est-ce moi qui le suis un peu moins après m’être embourgeoisé une dizaine de jours chez mes parents !

5h de route plus tard me voici pourtant arrivé à Biarritz. Ne me demande pas pourquoi, mais je peux t’assurer que je suis arrivé exténué, vidé… avec pour seule envie celle de me caler au fond de ma caravane et laisser filer le temps. 10 jours que j’avais déserté mon lit, 10 jours de trop sans Marcel !

C’était sans compter sur mes amis… ils avaient trouvé un spot incroyable en pleine nature, installé le campement, préparé le feu… autant d’attentions qui te redonnent du courage !

Je m’installe au volant et repars pour 30 minutes supplémentaires de route… je dois te l’avouer, et pardon mes amis, mais j’ai un peu grimacé chemin faisant… non pas que je n’étais pas ravi et heureux de vous retrouver… mais un je ne sais quoi, comme un spleen m’a envahi ! Pas le spleen du départ… un spleen que je ne saurais m’expliquer, alors tu te doutes bien que je n’ai pas les mots pour t’en parler !

J’arrive enfin… et le sourire s’accroche à mes lèvres en les voyant tous réunis, heureux de me voir arriver, heureux que nous partagions encore une fois notre histoire commune.

Margaux & Mathieu (@directionvague) , tu les connais déjà, j’ai écrit sur mon blog notre première rencontre … un coup de cœur d ‘amitié ! Si jeunes, si beaux, si heureux … et si bien pensants … un bonheur de les croiser sur la route à chaque fois. Un bonheur de les regarder vivre, d’échanger avec eux … un bonheur de voir le sourire communicatif de Margaux… un bonheur de discuter avec Mathieu … finalement on se connaît peu … mais on s’aime, je les aime … et tu sais confidence pour confidence je les admire ! Ils ont choisi un chemin de vie juste, en adéquation avec qui ils sont … tant de bonheur est une joie du quotidien … ils rayonnent … ce sont mes amis !

Flo, @Flolanni pour les intimes ! Des années que l’on échange par réseaux interposés … des mois que nous enchaînons actes manqués sur actes manqués pour nous croiser … et finalement il y a quelques semaines la vie nous a réuni à Biarritz … tu le sais je ne devais rester qu’une journée  et finalement, je n’arrivais plus à partir ! Une rencontre, LA belle rencontre de l’année … ces rencontres qui changent ta vie à tout jamais ! Tu vas me dire que j’exagère un peu, beaucoup… toujours plus !  Mais non … Flo est entré dans mon cercle proche comme Bernard ou Hortense dont je te parle si souvent !

Ce type est bon, d’une incroyable générosité, simple dans ses actes, dans ses pensées… à vrai dire il n’y a pas d’arrière pensée tout court. Le temps est bon avec Flo. Et sais-tu pourquoi ? C’est excessivement simple, nous avons embrassé la même vie, ou plutôt devrais je dire la même vision de la vie, alors oui, il est plus précoce que moi, presque 10 ans d’avance. Mais tu sais au fond ce qui compte c’est d’évoluer, de changer, d’essayer de s’améliorer ou tout du moins d’améliorer ses conditions de vie… chacun devra trouver les siennes, et s’y atteler pour réussir ce challenge. Tu le sais, je ne te donnerai pas de leçon sur comment ou quoi pour y arriver, toi seul détiens ton chemin vers ta vérité !

Alors me demanderas tu qu’elle est elle cette vision partagée ? Tu as peut-être probablement un bout de la réponse si tu me lis depuis quelques temps. Mais je vais néanmoins tenter – maladroitement – d’y mettre des mots.

Flo est comme moi, ou je suis comme lui, la réciproque est aussi vraie. Nous avons choisi de ne pas faire de concession avec notre bonheur de l’instant, nous avons choisi de ne pas avoir peur d’être heureux. Oui, je pèse encore une fois mes mots ! Tu vas la encore me dire que j’exagère, que toi non plus tu n’as pas peur du bonheur…

Et bien je vais te faire une confidence, le bonheur fait peur ! Oui il te fait peur bien souvent… car ce bonheur dont on parle, pas celui que tu recherches désespérément, non, celui qui te prend subrepticement, il t’ oblige à être totalement dans le ici et maintenant, dans ce fameux présent dont on parle souvent ! Galvaudé, toujours ce moment présent, car lorsque tu arrives à le  vivre, à le ressentir l’espace d’un instant tu ne peux t ‘empêcher d’être rattrapé par tes démons, et revenir dans une autre réalité, celle dans laquelle tu vas essayer de construire un futur, de te projeter ou encore essayer d’échafauder des plans sur la comète. Voilà, tu ne sais pas être oisif !

Avec l’ami Flo, nous partageons cà, nos problèmes du quotidien – et oui nous en avons comme tout le monde, car si tu imagines que cette vie de nomades est simple, ce n’est pas toujours le cas, elle a aussi ses règles, ses codes, ses bons et ses mauvais moments – n’en sont pas.

Nous avons choisi d’être « oisif » et de contempler la beauté de la vie à chaque instant. Que ce soit en regardant l’océan, assis dans notre van, à partager un café, un jus, cuisiner… bref autant de moments pour lesquels nous ne souhaiterions pour rien au monde revenir dans ta réalité – et surtout pas pour ton or !

Tout ça nous suffit, nous remplit de bonheur… et le temps n’est plus un poids, n’est plus une douleur, tu ne vas pas le croire, il arrive même parfois que nous en manquions … presque tous les jours en fait ! – tellement nous sommes contemplatifs de tout ! Tu me diras que nous sommes des inconscients, que nous ne construisons rien pour notre futur… à cela je te répondrai que nous sommes parfaitement conscients de ce nous vivons, que nous ne regrettons jamais une minute de notre journée, que nous ne nous posons même pas la question de savoir si nous avons été heureux, si nous changerions quoi que ce soit dans nos actes passés !

Oui, la vie de caravane, la vie de nomade nous apporte satisfaction, c’est notre mode de vie de l’instant, mais certainement pas ce qui conditionne qui nous sommes au plus profond de nous… ! Parfois tu partages des moments avec nous, et je te vois t’ouvrir, rayonner, car l’espace d’un court instant tu es dans le présent, dans ce présent où l’on ne calcule pas qui l’on sera demain, ce que l’on fera ou encore avec qui et comment ! Et puis les chimères  que tu t’imposes se rappellent à toi et tu re-sombres dans ta vie, cette vie que bon nombre vous partagez… cette vie que vous vous imposez bien souvent, par des délires matériels – je ne parle pas uniquement d’argent – pourtant souvent tu penses  « A si j’avais ça, ou ça … » et sais-tu que la pensée est créatrice ? Alors elle te projette dans cette matérialité, dans tes besoins, et t’emmène dans ses volutes.

Pendant ce temps, avec l’ami Flo, nous avons couru sur la plage, senti l’air et l’océan, nous avons contemplé le balai incessant des vagues, nous avons refait le monde, nous avons bu tant de bons cafés, nous avons cuisiné des petits plats que tu adoreraient dégustés, nous avons mangé tout le banana bread… nous avons croisé de nouvelles personnes, venues à notre rencontre, nous avons échangé, discuté avec eux … nous avons accroché des sourires sur nos visages, nous avons passé du bon temps… oui voila du bon temps !

A l’heure où  je les quitte, je ne suis pas triste, j’emporte tout ça, ces moments, ces images, dans ma tête, dans mon coeur, je sais que la-bas dans la vie que je vais essayer de construire, elle m’offrira des clins d’oeil – parfois – et sans nostalgie aucune je me remémorerai comment la vie est belle, comment j’ai la chance de pouvoir vivre çà, comment j’ai la chance d’avoir connu tant de souffrance pour enfin pouvoir toucher du doigt ce qu’est ma vraie vie !

Ne me juge pas… je ne te juge pas… chacun son chemin, chacun sa vie… mais sache que  je suis simplement heureux… et ça crois moi, c’est inestimable !

Merci mes amis pour ces derniers jours au Pays-basque, merci d’être vous… et à très vite sur la route du bonheur … partagé !