There are only two lasting bequests we can hope to give our children. One of these is roots, the other, wings.

– Goethe

14. Chaque année la même déchirure, pour toi le bonheur et la joie de grandir et de devenir une jolie jeune fille, passionnée et épanouie, pour moi la tristesse de compter les années sans te voir, te toucher, malheureusement par ma faute.

Je ne vais pas revenir sur le passé, je ne vais pas paraphraser ce que je t’écris depuis plusieurs années, à chacun de tes  anniversaires, même si je pense sincèrement que tu as besoin de l’entendre et le re-entendre! Mais cette année elle est particulière, car pour la première fois ton anniversaire me rappelle aussi que je ne t’ai ni vu ni parlé depuis 2 ans. Dans le coeur d’un papa çà compte, çà blesse, çà fait mal. Dans ton coeur de jeune fille aussi probablement, cependant, pas pour les mêmes raisons.

Cet anniversaire me rappelle aussi que nous arrivons presque à la moitié (-1) de ta vie loin de ton papa, dans l’incompréhension, dans la haine, dans le rejet.

Tu sais Jeanne, ces années perdues pour toi comme pour moi ne seront jamais rattrapables malheureusement, je veux dire, je n’aurai ni les images, ni les moments partagés, gravés dans mon coeur et mon esprit, tout comme toi. Nous nous faisons le même mal, différemment certes, mais il est là.

Ce manque, me pèse. J’ai essayé de garder le lien entre nous Jeanne, j’ai essayé malgré ta violence verbale ou physique, j’ai essayé de me comporter en adulte, de prendre de la hauteur et d’essayer encore et encore. Là encore, j’ai fauté, je sais… j’ai lâché la barre, je n’y arrive pas, je n’y arrive plus. Alors je t’écris… une fois par an, certains diront que je t’écris égoïstement pour me plaindre, et toi ? Je ne me plains pas ma chérie, j’essaie juste de te dire ce que je ressens et j’aimerai tant que tu en fasses de même.

Bref, je n’avais pas envisager être papa ainsi, coupé petit à petit de mon enfant chéri, de mon aînée, de celle par qui ma vie a définitivement basculé dans la parentalité. Je regarde souvent les images de ta naissance, et des 7 années que nous avons passé ensemble, je me rappelle uniquement nos fous rires, nos câlins, nos moments de joie, et je dois t’avouer que si j’ai tellement pleurer en les regardant, aujourd’hui, même çà je n’y arrive plus. J’ai tant pleuré, oui, que je n’ai plus de larme, mon coeur s’est endurci, ma peine et ma souffrance sont toujours là, enfoui au fond de mon être… mon talon d’Achille.

Il faut avancer. La vie est ainsi faite. J’étais deja très loin, voire hors de ta vie, vivant à quelques kilomètres de ta maison, aujourd’hui, à 15000kms de toi je ne suis pas plus éloigné. Ce choix, je l’ai déjà expliqué à Prune et Gaston, probablement qu’ils ne le comprennent pas eux non plus, certainement qu’ils sont tristes même de cette situation, mais pour le coup j’assume mon choix, ce choix de vie! Petit à petit j’ai retrouvé le chemin du bonheur, heureux par moi-même,  pas à travers le regard des autres ou avec les autres ou pour les autres, par moi-même !

Oui Jeanne,  je suis heureux de ma vie aujourd’hui, tout comme j’espère que tu l’es dans la tienne. Ton papa n’est pas mort comme tu as pu le souhaiter si fort, même si là encore je dois l’admettre, ton souhait le plus cher a bien failli être exaucé à plusieurs reprises.

Je n’ai ni honte d’être loin de toi, ni regret… l’avenir nous appartient, nous avons la chance d’être en bonne santé, nous avons la chance de vivre un présent pas si mal que çà… nous avons la chance de nous aimer, d’être uni par ses liens, inaliénables et indissolubles que sont ceux de la famille!

Alors Jeanne, je te souhaite tout le bonheur du monde pour tes 14ans, je te souhaite de rêver encore et encore, de n’avoir peur de rien, d’oser vivre heureuse, de faire des choix, de te tromper, d’échouer, de te relever et de recommencer.

Je suis ton papa qui t’aime, ton papa qui sera toujours là pour toi, à observer, à être fier, et à t’aider à te relever ou te féliciter lorsque tu en éprouveras le besoin.

Dans mes songes les plus fous, un jour prochain, tu viendras découvrir l’Australie, ce pays qui abrite mes rêves de gosse, tu viendras cavaler dans les plaines ou encore juste sauter dans les vagues avec moi.

Je t’aime p’tit coeur.